La réforme de 2026 au Luxembourg ajuste les paramètres du système pour contrer le déficit sans refonte totale. Dans un souci de durabilité et l'équité intergénérationnelle, elle encourage des carrières plus longues tout en maintenant l'âge légal de la retraite à 65 ans afin de préserver son modèle solidaire.
Pourquoi une réforme des retraites maintenant ?
Le système de retraite luxembourgeois a longtemps été considéré comme l'un des plus généreux et des plus solides d'Europe. Fondé sur un modèle de répartition solide, soutenu par un fonds de réserve important et alimenté par une main-d'œuvre en pleine croissance, il a garanti pendant des décennies des taux de remplacement élevés et des options de retraite anticipée.
Cependant, les réalités démographiques et les projections financières à long terme ont clairement montré que l'équilibre actuel ne peut être maintenu indéfiniment. Selon les projections de l'Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS), les dépenses de retraite dépasseront les recettes provenant des cotisations dès 2026, et le fonds de réserve devrait tomber en dessous du seuil légal au cours des décennies suivantes si aucune mesure corrective n'est prise.
Dans ce contexte, le législateur luxembourgeois a adopté une réforme ciblée et progressive, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2026, après avoir largement consulté les partenaires sociaux et les citoyens, notamment dans le cadre de l'initiative « Schwätz mat ! ».
Plutôt qu'une refonte structurelle, la réforme vise à ajuster les paramètres clés du système, à préserver l'équité intergénérationnelle et à encourager une participation plus longue à la vie active tout en maintenant l'âge légal de la retraite à 65 ans.
Nous résumons ci-dessous la réforme en cinq points clés, suivis de ses implications pratiques pour les employeurs et les services RH.
1. Augmentation du taux de cotisation de retraite : effort partagé jusqu'en 2032
La mesure la plus visible de la réforme est l'augmentation du taux global de cotisation de retraite de 24 % à 25,5 %, qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2026.
Cette augmentation de 8,5 % s'applique de manière générale et est partagée à parts égales entre les trois contributeurs : les salariés, les employeurs et l'État.
Pour les travailleurs indépendants, le taux de cotisation total est également fixé à 25,5 %.
Le nouveau taux est fixé jusqu'en 2032, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la période de couverture actuelle, et constitue une dérogation exceptionnelle aux mécanismes d'ajustement automatique introduits par la réforme des retraites de 2012.
Le législateur a délibérément opté pour une augmentation modérée des cotisations plutôt que pour une réduction immédiate des prestations ou un relèvement de l'âge légal de la retraite, reflétant ainsi un choix politique en faveur de la stabilité du système et de la cohésion sociale.
2. Introduire de la flexibilité en fin de vie active
L'un des aspects les plus innovants de la réforme est l'introduction d'un régime de retraite progressif (pension progressive), inspiré des mécanismes existants dans le secteur public.
Dans le cadre du nouveau régime, un salarié qui :
- a acquis 40 ans de périodes d'assurance, et
- est éligible à la retraite anticipée,
peut, avec l'accord de l'employeur, réduire son temps de travail et percevoir une pension partielle en parallèle.
Ce mécanisme permet une transition progressive vers la retraite, la poursuite de la participation à la vie active et la continuation de l'acquisition de droits à pension pendant l'activité à temps partiel.
Du point de vue du droit du travail, la retraite progressive nécessite :
- une modification du contrat de travail ;
- une coordination minutieuse avec la paie et les déclarations sociales ; et
- une anticipation des impacts organisationnels pour les employeurs.
La retraite progressive peut devenir un outil précieux de gestion des effectifs, en particulier dans les secteurs confrontés à des pénuries de compétences ou à des défis en matière de transfert de connaissances. Cependant, les employeurs doivent anticiper très tôt ses implications opérationnelles et financières.
3. Retraite anticipée à 60 ans : prolongation progressive de la période d'assurance requise
Les conditions de la retraite anticipée à 60 ans seront progressivement renforcées.Entre 2026 et 2030, la période d'assurance requise sera prolongée de huit mois au total, selon le calendrier suivant :
- 2026 : +1 mois
- 2027 : +2 mois
- 2028 : +4 mois
- 2029 : +6 mois
- 2030 et au-delà : +8 mois
Cette mesure vise à aligner progressivement l'âge effectif de départ à la retraite sur l'âge légal de départ à la retraite, sans changement brusque.
Toutefois, cette prolongation ne s'applique pas :
- à la retraite anticipée à 57 ans avec 40 ans d'assurance obligatoire ;
- à la retraite anticipée pour travail posté ou travail de nuit ;
- à la retraite anticipée pour cause de restructuration d'entreprise ;
- aux personnes prenant leur retraite à 65 ans ; et
- aux personnes percevant déjà une pension.
4. Reconnaissance plus souple des années d'études
Un autre ajustement important concerne la reconnaissance des années d'études dans le dossier d'assurance retraite.
Jusqu'à présent, les périodes d'études ne pouvaient être reconnues que si elles avaient été accomplies avant l'âge de 27 ans. À partir du 1er janvier 2026, cette limite d'âge est supprimée.
Jusqu'à neuf années d'études peuvent être reconnues :
- quelle que soit la période de la vie professionnelle pendant laquelle elles ont été effectuées ;
- à condition qu'elles ne soient pas déjà couvertes par un autre régime de pension.
Cette réforme reflète les parcours professionnels modernes et non linéaires ainsi que les réalités de l'apprentissage tout au long de la vie. Ce changement peut être particulièrement pertinent pour les professionnels qui ont repris leurs études à un âge plus avancé ou qui ont changé de carrière, et il peut avoir un effet positif sur le calcul des droits à la retraite.
5. Ce qui ne change pas : l'âge légal de la retraite et les droits acquis
Malgré les débats publics et les spéculations, plusieurs piliers fondamentaux du système de retraite luxembourgeois restent inchangés :
- l'âge légal de la retraite reste fixé à 65 ans ;
- les retraités actuels ne sont pas concernés ;
- les retraites existantes sont préservées ;
- l'allocation de fin d'année est maintenue, en raison de la fixation exceptionnelle du taux de cotisation à 25,5 %.
Implications pratiques pour les employeurs et les services RH
Bien que la réforme vise principalement le système de retraite, elle a des conséquences opérationnelles directes pour les employeurs, notamment :
- l'ajustement des coûts salariaux suite à l'augmentation du taux de cotisation ;
- la gestion des demandes de retraite progressive et des modifications contractuelles ;
- l'anticipation de parcours professionnels plus longs pour les salariés approchant de la retraite anticipée ;
- la coordination entre le droit du travail, la sécurité sociale et la planification de la retraite ;
- la communication interne et l'accompagnement individuel des salariés seniors.
Les employeurs sont encouragés à revoir de manière proactive leurs politiques RH, leurs contrats de travail et leurs stratégies de planification des effectifs à la lumière de la réforme.
Nous assistons régulièrement nos clients dans les domaines suivants :
- structuration de l'emploi en matière de retraite ;
- dispositions relatives à la retraite progressive ;
- prévention des litiges et contentieux en matière de sécurité sociale.
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur les implications juridiques et pratiques de la réforme des retraites, le département Employment, Compensation and Benefits de BSP reste à votre disposition pour vous assister.
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